Who l'album événement

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C'est l'album qu'on n'espérait plus d'une des dernières légendes du rock. Les Who sont toujours en tournée, le guitariste Pete Townshend n'a jamais cessé de composer, le chanteur Roger Daltrey a même sorti un album solo surprise l'an dernier, mais les deux survivants du groupe créé en 1964, depuis la mort du batteur Keith Moon en 1978 et du bassiste John Entwistle en 2002, n'avaient pas fait de disque sous ce nom depuis treize ans. Et c'est une excellente surprise. Leur douzième album, sobrement intitulé "Who" (Polydor/Universal Music), est leur meilleur depuis… "Who Are You", en 1978.

A respectivement 74 et 75 ans, Pete Townshend et Roger Daltrey donnent une sacrée leçon de rock'n'roll et de jeunesse à leurs multiples héritiers. À défaut d'être révolutionnaire, Who est un album percutant, engagé et inspiré, à l'image de l'explosif premier single, All This Music Must Fade (Toute cette musique doit disparaître ), qui commence ainsi, "Je m'en fous, je sais que vous allez détester cette chanson. Elle n'est ni nouvelle ni variée", et dont les riffs de guitare et les chœurs rappellent effectivement ceux de Who Are You, l'un de leurs derniers classiques.

Who va ravir les fans du groupe aux 100 millions d'albums vendus. Telle sa pochette, réalisée par Sir Peter Blake, l'artisan de la couverture légendaire de "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" des Beatles, ce disque est un brillant patchwork de riffs de guitares, de rythmes et de sons de claviers qui ont fait la gloire et la différence du groupe. Comme cette image reprend des symboles des albums "Quadrophenia" (le scooter) ou "The Who Sell Out" (les haricots blancs), on entend ça et là des touches de "Magic Bus", "Won't Get Fooled Again" ou "Baba O'Riley".

C'est Pete Townshend, l'un des musiciens les plus fins et avant-gardistes de sa génération, qui a écrit les musiques et les textes (sauf une chanson écrite par son frère) pour la voix toujours puissante et virile de Roger Daltrey. Des paroles sans jeunisme mais souvent critiques sur la société actuelle, comme "Ball and chain" sur la promesse non tenue de Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo, ou "Hero Ground Zero", sur une jeunesse prête à tout pour arriver à ses fins.

Tout au long de Who, ses mélodies sont accrocheuses, qu'elles aient des accents rock (les juvéniles "I Don't Wanna Get Wise" et "Rockin'In Rage"), pop ("Got Nothing To Prove", très proche des Kinks), voire country-folk ("Break The News"), lyrique ("Beads On One String"), ou hispanisant ("She Rocked My World"), ou mettent en valeur ses guitares tranchantes et ses claviers savants. "Pete n'est pas l'homme le plus facile, mais c'est le meilleur de tous, car c'est le plus original, nous avouait l'an dernier Roger Daltrey lors de la sortie de son album solo. Entre nous, l'alchimie est toujours explosive".

Cet album revenu du diable Vauvert lui donne raison. Ce qui est surtout miraculeux, c'est que les Who parviennent à y restituer l'énergie qu'ils déploient encore sur scène. Autant dire que les Rolling Stones et les Kinks, autres légendes des sixties qui travaillent sur un nouvel album, le premier de chansons inédites depuis des lustres, ont la pression.

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