Le SETI met en ligne une quantité record de données

Technologie

Avis aux amateurs, et tout particulièrement à ceux qui ont du temps devant eux: près de deux pétaoctets d'émissions radio en provenance de la région centrale de notre galaxie ont été mis en ligne le 14 février 2020 avant même d'avoir été passés au tamis par les astronomes. Cette moisson de donnée a été récoltée dans le cadre de l'initiative Breakthrough Listen, l'enquête la plus complète jamais réalisée sur les émissions radio depuis les confins de la Voie lactée, un programme dont le lancement avait été soutenu en 2015 par le célèbre physicien britannique Stephen Hawking. Ces données, brutes pour la plupart, ont été recueillies dans le but d'y repérer des techno-signatures susceptibles de trahir la présence d'une vie extraterrestre.

Il s'agit de la seconde salve d'enregistrements livrés dans le cadre de Breakthrough Listen, après la publication en juin 2019 d'un premier bilan relatif à des milliers d'heures d'observation sur des milliards de canaux de fréquence. Malheureusement, rien n'était ressorti de ces écoutes après leur passage au peigne fin par les chercheurs du centre de recherche SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) de l'Université de Californie, à Berkeley.

Malgré ce silence assourdissant, les chercheurs ne baissent pas les bras. "Depuis la première publication de données l'année dernière dans le cadre de Breakthrough Listen, nous avons doublé la masse d'informations accessibles au public", a déclaré l'administrateur du projet, Matt Lebofsky, dans un communiqué. "Nous espérons que ce nouvel ensemble révélera quelque chose de nouveau et d'intéressant, qu'il s'agisse de la présence d'une autre forme de vie intelligente dans l'Univers ou d'un phénomène astronomique naturel encore inconnu."

La moitié de cette nouvelle série de données, qui se concentre cette fois sur des fréquences comprises entre 1 et 12 GHz, a été récoltée par le radiotélescope Parkes de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. L'emplacement de ce dernier dans l'hémisphère sud en fait un instrument privilégié pour balayer l'ensemble du disque galactique et son centre, où les étoiles se font très denses. Andrew Siemion, chercheur principal du projet Breakthrough Listen, estime que "si une civilisation avancée voulait placer une balise quelque part, le centre galactique serait un bon endroit pour le faire". Après tout, quoi de mieux que le trou noir supermassif qui y règne pour disposer de grandes quantités d'énergie... à condition que cette civilisation ait appris à maîtriser ces monstres "avaleurs" de toute matière ou rayonnement.

L'autre moitié des écoutes a été réalisée à l'aide du radiotélescope Green Bank (GBT), en Virginie-Occidentale, qui est actuellement le plus grand radiotélescope orientable au monde. Enfin, un télescope optique a été exploité : l'Automated Planet Finder, construit et exploité par l'Université de Californie.
20 étoiles depuis lesquelles la Terre est observable

Un petit ensemble de données déjà a fait l'objet d'une présentation plus précise le 14 février 2020, lors de la réunion annuelle de l'Association américaine pour l'avancement des sciences (American Association for the Advancement of Science – AAAS), l'une des plus anciennes et plus grandes fédérations d'organisations scientifiques au monde. En faisant appel à la méthode des transits, qui consiste à guetter les baisses de luminosité synonymes du passage d'une planète devant son étoile hôte, les chercheurs se sont concentrés sur 20 étoiles proches de notre système solaire. Toutes avaient la particularité d'être alignées avec le plan de l'orbite de la Terre, de sorte qu'une civilisation extraterrestre qui peuplerait l'une de leurs exoplanètes verrait la Terre passer devant le Soleil si elle disposait de télescopes. "Et si une autre civilisation regardait notre Soleil ?", s'interroge ainsi Andrew Siemion.

Pour rechercher les signaux radio en provenance d'exoplanètes en orbite autour de ces 20 étoiles, les chercheurs se sont appuyés sur le télescope Green Bank et ont encore réduit la voilure en se concentrant uniquement sur les fréquences situées entre 4 et 8 GHz. "Il n'y avait jamais eu de recherche ciblée dans cette région du ciel", a fait savoir Sofia Sheikh, la chercheuse qui a passé au crible les milliards de fréquences dans l'espoir d'y détecter des signaux forts. Après avoir "nettoyé" de leurs interférences humaines près d'un million de pics radio, l'astronome a fini par réduire le nombre de données intéressante à une centaine à peine.

Malheureusement, cette fois encore, aucune techno-signature ou "bruit de fond incompatible avec des événements astrophysiques naturels" n'en est encore ressorti. Pour les astronomes œuvrant sur le projet, il est impossible de tirer des conclusions pessimistes de ce nouveau bilan : "Nous n'avons trouvé aucun extraterrestre, certes, mais il faut garder en tête que nous avons établis des critères très rigoureux dans notre recherche d'une espèce technologiquement développée", assure Andrew Siemion. Et de souligner qu'il ne s'agissait ici que de données en provenance d'une infime partie de l'Univers, dans une partie du spectre radio très limitée.