Les mammifères deviennent de plus en plus nocturnes

renard
Les mammifères vivaient déjà la nuit pour éviter leurs prédateurs du temps des dinosaures. La pression démographique humaine les force aujourd'hui à recourir de nouveau à cette stratégie. La Terre est-elle trop petite pour accueillir tous ses habitants? La meilleure des solutions serait peut-être de se partager le temps: le jour aux hommes et la nuit aux animaux. C'est en substance le choix fait par une grande partie des mammifères. Une étude américaine publiée dans Science a compilé les données GPS de 76 études portant sur 62 espèces de mammifères sur les six continents. Leur conclusion: les mammifères ont modifié leur rythme de vie et deviennent de plus en plus nocturnes.
 
C'est un drôle de retour en arrière pour les mammifères, eux qui avaient profité de l'extinction des dinosaures pour occuper une nouvelle niche écologique désormais libre: le jour. Pendant 65 millions d'années, plus besoin de se cacher et d'attendre la pénombre pour sortir chasser. Mais désormais, ces mammifères devenus diurnes sont repoussés vers la nuit. La cause de ce changement majeur? L'activité humaine. "On avait déjà constaté que la chasse ou le braconnage avaient amené les animaux à modifier leurs comportements," explique Simon Chamaillé-Jammes, chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS, à Montpellier. "Mais l'étude montre que les mammifères qui vivent à proximité des villes, donc plus éloignés des zones de chasse, sont encore plus touchés" La cohabitation entre l'homme et les bêtes sauvages est de plus en plus difficile. Sans nécessairement être la cible des chasseurs, les animaux sont perturbés par notre mode de vie.
 
L'explosion de la démographie et l'expansion des zones habitables ont perturbé les mammifères dans leur quotidien. Le temps passé à se cacher ou à fuir l'homme par peur (ou tout simplement parce que notre présence les empêche de se nourrir) est autant de temps perdu pour chercheur leur nourriture. "La nuit, les animaux sont moins dérangés, ils perdent donc moins de temps", explique Simon Chamaillé-Jammes. "Mécaniquement, ils se reposent donc pendant la journée. Les causes de ce glissement vers la "nocturnalité" sont multiples, d'autant que la lumière des villes facilite et accélère le changement de comportement."
 
La nuit des villes n'est plus vraiment la nuit. La pollution lumineuse permet aux animaux d'y voir comme en plein jour, et leur changement de comportement ne nécessite donc pas une adaptation trop importante. Il n'y a par exemple pas forcément besoin de modifier ses capacités visuelles pour chasser. L'homme a su modifier son environnement pour ne plus souffrir des inconvénients des nuits noires, les mammifères, opportunistes, en profitent aussi. La nuit devient un refuge. Et les températures augmentant, il n'est pas à exclure que les animaux s'en accommodent d'autant plus facilement que la nuit leur permet de retrouver un peu plus de fraîcheur.
 
Mieux qu'un armistice, ce partage entre la nuit et jour peut être vu comme une bonne chose pour le règne animal. Il pourrait être synonyme de meilleure cohabitation. "Mais ce changement peut aussi s'avérer très dangereux pour la biodiversité", prévient Simon Chamaillé-Jammes. "Il y a une vraie interrogation sur les capacités des individus à survivre à un tel bouleversement sur le long terme. Malheureusement, il n'y a pas encore suffisamment d'études pour apporter des éléments de réponse".
 
Ce glissement vers la "nocturnalité" n'est pas sans conséquences. "Certains animaux, déjà nocturnes, se retrouvent chassés par de nouveaux prédateurs. Ce sont de nouvelles interactions et il est difficile de savoir ce qui en découlera", explique Simon Chamaillé-Jammes. Tous les animaux ne sont pas touchés de la même manière. Les gros mammifères, plus exposés et plus importunés par l'homme, y sont les plus sensibles. Ce n'est pas un décalage de la chaîne alimentaire par la base, avec des prédateurs qui s'adapteraient au changement de comportements des proies. "On est dans un mécanisme plus déséquilibré", estime le chercheur français.
 
Les chats de gouttière sont de moins en moins seuls à arpenter les rues une fois le noir venu. Il risque d'y avoir trop de monde à se bousculer à côté de nos poubelles. La nuit deviendra le théâtre d'une nouvelle bataille. Les journées quant à elles, désertés par les mammifères, pourraient devenir bien tristes.

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