Le slang du rappeur québécois Rowjay interpelle les Français

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Musique
Avec son troisième album "Carnaval de finesse", le rappeur italo-montréalais Rowjay continue son évolution à travers le spectre du rap ignorant, tout en s’assurant de faire évoluer son propos avec une maturité plus palpable. Dans le processus de création, l’artiste a pu compter sur des alliés de taille: le rappeur lavallois Green Hypnotic au mixage ainsi que les talentueux producteurs Planet Giza, Blasé, Freakey!, Jamvvis et Platinumwav à la musique. "C’est un album de transition. Le vibe est complètement différent que sur A Trappin Ape", explique-t-il, en référence à son deuxième album paru il y a un an. "Au début, l’inspiration était vraiment orientée autour du street rap américain et tout ce qui se passe à Atlanta. Après, on est allés vers une production plus risky et ambitieuse, quelque chose de plus dark".
 
Rowjay s’est également imposé la contrainte de ne pas faire appel à d’autres rappeurs. "Je voulais me donner un challenge", indique-t-il.
 
En résulte un projet personnel qui, tout en cultivant une approche légère et divertissante, peut compter sur des textes plus réfléchis: "Je parle beaucoup aux jeunes dans mes paroles. J’essaie de les motiver en leur disant de rester focus sur leurs projets. Sur la pochette, il y a une phrase en arabe qui veut dire "la nouvelle génération avant tout". Il y a donc un côté plus sérieux, mais en même temps, je continue de m’amuser".
 
Deuxième extrait de l’album, CBTJ (acronyme pour Compte Bancaire Toujours Juif) est un bon exemple du côté plus récréatif de Rowjay. S’amusant à ressasser des parallèles convenus entre la religion juive et l’argent, le rappeur dit inscrire son rap dans un deuxième degré: "C’est plus une façon de faire un gros shout out aux Juifs. It’s all love. Si quelques-uns le prennent mal, c’est pas de mes affaires. Moi, j’aime pas me mettre des contraintes et je crois que c’est évident que je joue un personnage".
 
Au-delà des paroles, le rappeur mise sur un flow nonchalant et précis, qu’il adapte parcimonieusement à chacune de ses compositions. Cette approche syncopée du rap a le potentiel d’intéresser un public plus large dépassant les frontières du Québec.
 
À preuve, chacune des chansons de son précédent "A Trappin Ape" a dépassé le cap des 50 000 écoutes, et Rowjay confirme que près de 30% d’entre elles proviennent de la France. "Je crois que mon slang interpelle les Français. J’y incorpore quelques touches de franglais et d’expressions créoles", dit celui qui a donné un concert à guichets fermés au Nouveau Casino de Paris en début d'année 2016. "Je crois que la clé pour intéresser la France, c’est de doser l’accent. Certains sont venus me dire que je leur rappelais Roi Heenok, et c’est lui le rappeur québécois le plus connu là-bas".