Le plus puissant brise-glace nucléaire sera russe

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Ce sera le nouveau poids-lourd du projet Leader, initié par le Kremlin pour assurer sa domination sur la route maritime du Nord, ouverte en partie grâce au réchauffement climatique. Commandé officiellement le 23 avril dernier, ce nouveau géant des mers doit assurer un acheminement permanent en gaz naturel liquéfié (GNL) de la Russie Arctique vers l'Asie du Sud-est. 209 mètres de long pour une largeur de 47,7 mètres et un tirant d'eau de 69 700 tonnes… Ce sont les caractéristiques hors-normes du nouveau brise-glace russe qui doit permettre au Kremlin d'assoir ses ambitions commerciales en Arctique. Capable de briser des "murs" de glace de 4 mètres grâce à ses deux puissants réacteurs nucléaires RITM-400 (développés par une filiale de l'agence nucléaire russe Rosatom, OKBM Afrikantov), il pourra atteindre une vitesse de 22 nœuds en eaux libres à l'aide de ses quatre moteurs à hélice délivrant quelques 30 megawatt de puissance chacun.

La signature du contrat entérinant la construction de ce navire a eu lieu le 23 avril dernier, entre l'armateur Atomflot (filiale de Rosatomflot appartenant à Rosatom) et le constructeur Zvezda, basé dans la ville de Bolchoï Kamen dans l'Extrême-Orient russe, qui doit auparavant repenser son chantier naval pour l'adapter aux mensurations de ce géant des mers. Selon les termes du contrat, le mastodonte devrait voir le jour en 2027.

Le nouveau bâtiment russe devrait surpasser de loin tout ce qui a été construit en la matière. Son prédécesseur, "l'Arktika", ne mesure "que" 173 mètres de long pour 34 mètres de largeur et peut s'affranchir d'une glace de 2,8 mètres d'épaisseur.

Mis à l'eau en 2016, l'Arktika a débuté ses essais en décembre dernier avec une première sortie en mer Baltique en vue d'une mise en service en 2020. Deux navires similaires sont en construction, "l’Oural" et le "Sibir", dont les chantiers ont débuté en 2017 et 2019. Une commande de deux autres brise-glaces a été formulée en août 2019 pour une livraison programmée en 2024 et 2026. Avec cette dernière commande, Moscou compte donc porter à 6 le nombre de ses brise-glaces géants.

Le projet "Leader" initié par Moscou ambitionne d'ouvrir toute l'année à la navigation le passage du Nord-Est, ce couloir maritime qui relie l'océan Atlantique à l'océan Pacifique en passant par l'Arctique, pour acheminer 80 000 tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL). A l'aide de ses brise-glaces à propulsion nucléaire, le Kremlin estime cet objectif atteignable à l'horizon 2023-2025. Le passage du Nord-Est est empruntable uniquement pendant l'été en temps normal, mais l'épaisseur de glace a fortement diminué sous l'effet du réchauffement climatique, constituant une aubaine pour les navires développé par le Kremlin.

Présentée par Vladimir Poutine comme une priorité, l’expansion économique dans l’Arctique oppose les intérêts de cinq pays, dont les États-Unis. La Russie souhaite devenir la première puissance de la région, profitant du réchauffement climatique et de la fonte des glaces qui ouvrent de nouvelles routes commerciales dans le Grand Nord. De nouveaux passages maritimes controversés en raison de leur impact sur la faune et la flore sauvage, déjà fortement affectées par les changements climatiques.