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Adama Traoré: incidents à Paris, une expertise met en cause les gendarmes

Mardi, 2. juin 2020 - 23:44

Des incidents ont éclaté mardi soir à Paris en marge d'une manifestation interdite de 20.000 personnes dénonçant les violences policières, organisée à l'initiative des proches d'Adama Traoré le jour où était dévoilé une expertise mettant en cause les gendarmes dans la mort de ce jeune homme noir lors de son arrestation en 2016.

Jets de projectiles, tirs de gaz lacrymogènes, manifestants sur le périphérique, barricades... Des heurts ont émaillé ce rassemblement interdit par la préfecture de police en raison de la crise sanitaire, mais maintenu par ses organisateurs.

Il avait lieu dans le contexte des manifestations organisées aux Etats-Unis et dans d'autres pays, après la mort de George Floyd, un Américain noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc aux Etats-Unis la semaine passée.

"La violence n'a pas sa place en démocratie. Rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous", a tweeté le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

En début de soirée, Assa Traoré, sœur aînée d'Adama Traoré, avait lancé à la foule : "Aujourd'hui, ce n'est plus que le combat de la famille Traoré, c'est votre combat à vous tous (...). Aujourd'hui, quand on se bat pour Georges Floyd, on se bat pour Adama Traoré".

Face à la jeune femme, porte-parole du Collectif Adama, des manifestants, jeunes et de toutes origines, scandaient "Révolte" ou "Tout le monde déteste la police".

Dans la foule étaient brandies des pancartes affichant "Black Lives Matter" ("la vie des noirs compte"), "Silence = asphyxie" ou encore "Décolonisons la police".

La préfecture de police a chiffré la foule à 20.000 personnes.

D'autres manifestations ont eu lieu ailleurs en France contre les violences policières, rassemblant 2.500 personnes à Lille, 1.800 à Marseille, 1.200 à Lyon ou 400 à Lyon.

Ces manifestations ont eu lieu le jour où était dévoilée une nouvelle expertise, réalisée à la demande de la famille d'Adama Traoré, mettant en cause les gendarmes dans la mort du jeune homme.

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré était décédé dans la caserne de Persan, près de deux heures après son arrestation dans sa ville de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) au terme d'une course-poursuite et après avoir échappé à une première interpellation un jour de canicule.

Ce rapport médical a été dévoilé quelques jours après une ultime expertise ordonnée par les juges d'instruction en charge de cette affaire sensible et qui mettait hors de cause les forces de l'ordre. Depuis, aux expertises judiciaires qui écartent la responsabilité des gendarmes répondent celles, commandées par la famille, qui balayent leurs conclusions.

La dernière expertise ordonnée par les magistrats écartait la responsabilité des forces de l'ordre en attribuant la mort à un "oedème cardiogénique" lié à l'état de santé d'Adama Traoré.

Les trois médecins y estimaient que "l'association d'une sarcoïdose pulmonaire (pathologie rare, ndlr), d'une cardiopathie hypertrophique et d'un trait drépanocytaire (une maladie génétique, ndlr)" avait "probablement pu (...) contribuer (à l'oedème cardiogénique) dans un contexte de stress intense et d'effort physique, sous concentration élevée de tétrahydrocannabinol", le principe actif du cannabis.

- "Poids des corps" -

Dans le rapport réalisé à la demande de la famille du jeune homme, un médecin, qui a travaillé à partir des autres expertises et de documents médicaux selon l'avocat de la famille, considère qu'Adama Traoré est mort d'un syndrome asphyxique faisant suite à un oedème cardiogénique.

Il attribue ce dernier "à une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral", revenant à pointer la technique d'interpellation des gendarmes, selon ce document dont l'AFP a pu consulter les conclusions datées du 2 juin.

"Aucune autre cause du décès n'est identifiée", ajoute-t-il.

Un premier rapport médical commandé par la famille avait balayé les conclusions de l'enquête l'an passé, poussant les juges à réclamer la dernière expertise judiciaire dévoilée vendredi.

Adama Traoré "a pris le poids de nos corps à tous les trois" lors de son arrestation dans la maison où il s'était caché, avait raconté un des gendarmes lors d'un interrogatoire, suscitant des interrogations sur la méthode employée.

"Contrairement aux experts désignés par les juges, les médecins indépendants qui ont réalisé les contre-expertises sont tous spécialistes des maladies évoquées dans le dossier. Compte tenu de leurs compétences, leurs conclusions s’imposent face à celles qui excluent le plaquage ventral comme cause de la mort d’Adama Traore", a réagi auprès de l'AFP Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille Traoré.

"Une nouvelle expertise en trois jours face à trois médecins qui ont travaillé des mois ? C'est du délire", s'est insurgé l'avocat des gendarmes Me Rodolphe Bosselut.

"Je refuse de la qualifier d'expertise, c'est un avis médical rendu par un médecin dont je ne sais rien et dont je n'ai pas pu préciser la mission", a ajouté l'avocat, qui estime qu'"il n'y a eu aucun placage ventral dans ce dossier".

mch-alv-al-rfo-grd/blb/ach

Abus de biens sociaux: l'ex-homme d'affaires Pierre Botton va retourner en prison

Mardi, 2. juin 2020 - 21:13

Après avoir été incarcéré pour abus de biens sociaux dans les années 1990, Pierre Botton avait décidé de s'engager pour "changer la prison". A 65 ans, l'ex-homme d'affaires a été condamné mardi à 5 ans de prison ferme, notamment pour cette même infraction.

Trois mois après son procès, le tribunal de Paris a reconnu M. Botton coupable d'abus de confiance, abus de biens sociaux, faux et blanchiment de fraude fiscale, assortissant cette peine d'un mandat d'arrêt. Cet homme, dont le destin a été transformé par la prison, va donc y retourner.

Au milieu des années 1990, Pierre Botton avait été impliqué dans une affaire politico-financière explosive. Alors jeune homme d'affaires flambeur, il était aussi directeur de campagne et gendre de Michel Noir, ancien ministre RPR et maire de Lyon.

Il avait été condamné en appel en 1996 pour abus de biens sociaux à cinq ans de prison dont 18 mois avec sursis, aux côtés de Michel Noir, du maire de Cannes Michel Mouillot et du journaliste Patrick Poivre d'Arvor notamment.

Quelques années après sa sortie de prison, il avait fondé une association - "Les prisons du cœur" qui deviendra "Ensemble contre la récidive" - avec pour but d'améliorer les conditions de détention dans les établissements français et de lutter contre la récidive.

Il avait engagé une série de projets en prison, était devenu un interlocuteur des pouvoirs publics. De grandes entreprises comme Schneider ou Axa étaient devenues mécènes, des personnalités comme Pierre Arditi ou Yannick Noah soutenaient certaines de ses campagnes.

Mais à la suite d'une enquête ouverte en 2017, Pierre Botton est à nouveau renvoyé devant un tribunal. Clamant vigoureusement son innocence, il a comparu début mars à Paris, soupçonné d'avoir récupéré indûment et à des fins personnelles une partie de l'argent de ses sociétés et de l'association.

- "Faire un exemple" -

M. Botton a "gravement porté atteinte à l'ordre public et économique, et privé l’État de la perception de sommes importantes", a déclaré mardi le président du tribunal, Benjamin Blanchet, en prononçant le jugement. Ces faits sont "d'autant plus intolérables au corps social car ils ont été commis par une personne fortement médiatisée".

Le tribunal est allé au-delà des réquisitions du parquet, qui avait demandé 4 ans de prison ferme. Il a assorti la peine de prison d'une amende de 150.000 euros et d'une interdiction définitive de diriger une société ou une association.

Cette décision a été rendue en l'absence de M. Botton mais ce dernier va se rendre "de lui-même" à la prison de la Santé à Paris, a indiqué son avocat, qui a précisé qu'il allait faire appel de la décision dès mercredi.

"Je peux simplement noter que le président, qui est celui qui a déjà condamné et jugé Patrick Balkany, a rendu une motivation qui est totalement similaire en soulignant qu'il convenait de faire un exemple", a réagi Me Jérôme-Marc Bertrand. "Je ne pense pas que le droit ait réellement prévalu dans cette affaire".

M. Botton a été relaxé pour une partie des faits, notamment ceux qui relevaient de l'escroquerie.

"Ce qui est retenu, ce sont les abus de confiance et sociaux pour sa société" et non "au détriment de l'association", a souligné son avocat. "Les donateurs n'ont pas été lésés", a-t-il assuré, "son action dans les prisons [n'est] pas remise en cause".

L'ancienne présidente de l'association, Anne-Valérie Noir, avait comparu au côté de son ex-mari pour "abus de confiance". Partiellement relaxée, elle a cependant été condamnée à 18 mois avec sursis - le parquet avait requis un an de sursis à son encontre. Son avocate n'a pas souhaité commenter la décision sans avoir eu connaissance des motivations complètes du jugement.

Le tribunal a aussi condamné M. Botton à payer près de deux millions d'euros de dommages et intérêts à l’État, à ses sociétés et à l'association - aujourd'hui dissoute.

A Paris, Hidalgo a le vent en poupe, dopée par son alliance avec les écologistes

Mardi, 2. juin 2020 - 19:46

Arrivée en tête dans neuf arrondissements sur dix-sept lors du premier tour, Anne Hidalgo peut envisager sereinement le second tour des municipales à Paris, renforcée par son alliance avec les écologistes... et les déboires de La République en marche.

Mardi, ce sont des listes fusionnées entre celles de la maire PS sortante et celles d'Europe écologie-Les Verts, emmenées au premier tour par David Belliard, qui ont été déposées en préfecture.

"On a trouvé un accord sur les trois thèmes sur lesquels on travaillait depuis plusieurs jours: le projet, la gouvernance et les listes", a indiqué à l'AFP le directeur de campagne de la maire sortante, Emmanuel Grégoire. "Nous avions un projet écologique et social et nous savions qu'une coalition était nécessaire. Nous la faisons aujourd'hui avec Anne Hidalgo", a pour sa part souligné M. Belliard dans une interview au Parisien.

Les deux nouveaux alliés se sont affichés ensemble pour la première fois de la campagne mardi après-midi, s'attablant à une terrasse tout juste rouverte du IXe arrondissement. Interrogée sur la place faite à EELV dans l'exécutif, Anne Hidalgo a rapporté que l'accord prévoyait "des adjoints et une mairie d'arrondissement, on verra" laquelle.

La seule mathématique promet un boulevard victorieux pour l'attelage le 28 juin, alors que les listes Hidalgo sont arrivées en tête au premier tour (29,33%), devant celles de la LR Rachida Dati (22,72%), de la marcheuse Agnès Buzyn (17,26%) et de M. Belliard (10,79%).

Mieux: la socialiste est arrivée en tête dans neuf arrondissements sur dix-sept, sans se faire réellement menacer dans ses bastions - une grosse moitié Est de la capitale.

Certes, la sortante a recueilli cinq points de moins qu'au premier tour de 2014. Mais la contre-performance apparaît bien relative comparée aux promesses de déroutes formulées par ses adversaires il y a encore un an, après les ratés du changement de prestataire du Vélib, de la suppression des Autolib ou de la fermeture à la circulation automobile d'une partie des voies sur berges, conspués par les oppositions.

Depuis, le crash de la candidature Griveaux puis les déboires de sa remplaçante Agnès Buzyn ont fini de doucher les espoirs de LREM de conquérir une capitale pourtant jugée à portée de main après les excellents scores du mouvement présidentiel aux législatives de 2017 et européennes de 2019.

Et si Les Républicains, emmenés par Rachida Dati, peuvent se féliciter d'un score honorable de la maire du VIIè arrondissement - la seule de la capitale à avoir été réélue dès le premier tour - leurs réserves de voix semblent maigres pour pouvoir espérer enlever l'Hôtel de Ville. D'autant que toute velléité d'alliance entre LREM et LR, telle que notamment imaginée dans le Vè arrondissement, a été avortée par les deux états-majors partisans.

- Ralliements -

A l'instar de nombreux maires sortants, Anne Hidalgo entend également capitaliser sur une prime à la continuité, renforcée par la crise du coronavirus.

L'engouement massif pour le vélo lui a par exemple permis d'accélérer le calendrier de création de pistes cyclables. Or, la conversion en moins de vingt-quatre heures de la rue de Rivoli, l'une des principales artères est-ouest du centre de la capitale, au quasi-tout-vélo - taxis et bus y sont également autorisés à y circuler - n'a jamais suscité que de molles interrogations de la part de ses adversaires.

Autrefois jugée clivante, la sortante s'est ainsi jouée d'un front pourtant nourri du "Tout sauf Hidalgo" et s'impose désormais comme rassembleuse: le député ex-LREM Aurélien Taché lui a apporté son soutien, partie immergée d'un iceberg de la branche gauche historique de La République en marche, qui avait appelé dès le départ à ne pas renoncer à une alliance avec la maire sortante.

Cédric Villani, dissident LREM, n'apparaît par ailleurs en rien comme une menace après son modeste score du premier tour: 7,88%.

Si elle devait être réélue maire de Paris, Anne Hidalgo s'imposerait comme l'une des survivances triomphantes d'un PS toujours convalescent.

De là à penser à la présidentielle de 2022? Elle jure que non. "Pourtant, à gauche, il n'y aura qu'elle", prédit un ministre.

Violences policières: des milliers de manifestants à Paris malgré l'interdiction du préfet de police

Mardi, 2. juin 2020 - 19:45

Malgré l'interdiction prononcée par le préfet de police de Paris, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le tribunal selon un journaliste de l'AFP, répondant à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, un jeune homme noir de 24 ans mort en 2016 après son interpellation.

"Aujourd'hui, ce n'est plus que le combat de la famille Traoré, c'est votre combat à vous tous (...). Aujourd'hui, quand on se bat pour Georges Floyd, on se bat pour Adama Traoré", a lancé Assa Traoré, sœur aînée d'Adama, face à des manifestants qui scandaient "Révolte" ou "Tout le monde déteste la police".

Parmi les manifestants rassemblés sur le parvis du nouveau palais de justice de Paris, beaucoup de jeunes, mais aussi des "gilets jaunes".

Assa Traoré, porte-parole du comité la "Vérité pour Adama" à l'initiative du rassemblement, dénonce un "déni de justice" dans cette affaire devenue, pour ses défenseurs, un symbole des violences policières. L'appel à ce rassemblement intervient dans le contexte d'une flambée de manifestations aux Etats-Unis après la mort de George Floyd.

"Ce qui se passe aux USA fait écho à ce qui se passe en France", a estimé la militante.

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré était décédé dans la caserne de Persan, près de deux heures après son arrestation à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) au terme d'une course-poursuite avec les gendarmes.

Quatre ans après, l'affaire Traoré est devenue celles d'une guerre d'experts: alors que trois expertises médico-judiciaires ont écarté la responsabilité des gendarmes, une expertise commandée par la famille, dévoilée mardi, affirme le contraire.

Mardi matin, la préfecture de police avait annoncé que la manifestation n'était pas autorisée en raison de l'état d'urgence sanitaire qui proscrit tout rassemblement public de plus de dix personnes, car elle n'avait "fait l'objet d'aucune déclaration préalable".

La PP estimait également que "la tonalité de l’appel à manifester relayé par les réseaux sociaux laissait craindre que des débordements aient lieu sur un site sensible".

Condamnés en appel pour blanchiment, les Balkany se pourvoient en cassation

Mardi, 2. juin 2020 - 17:37

Patrick et Isabelle Balkany, condamnés en appel respectivement à 5 et 4 ans de prison ferme pour blanchiment de fraude fiscale, ont formé mardi un pourvoi en cassation, a-t-on appris après de leurs avocats, confirmant une information du Monde.

Déjà bannis de la politique, les anciens édiles de Levallois-Perret, commune cossue des Hauts-de-Seine, avaient vu le 27 mai leur peine alourdie en appel, bien que sans incarcération immédiate du fait de leur état de santé: l'ancien maire LR, 71 ans, avait notamment été reconnu coupable de "prise illégale d'intérêt", ayant bénéficié "d'avantages personnels" en nature dans le cadre d'un gros contrat immobilier de la ville.

Sanctionnant "un système parfaitement ancré dans le couple" et dont il a retiré au fil des années des "avantages substantiels", la cour d'appel avait jugé les Balkany coupables d'avoir dissimulé quelque 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014, notamment deux somptueuses villas, Pamplemousse à Saint-Martin et Dar Guycy à Marrakech, masquées par un chapelet de sociétés offshore.

Le couple s'était également vu aussi infliger dix ans d'inéligibilité, avec exécution provisoire de cette peine complémentaire et chacun des époux une amende de 100.000 euros.

La confiscation de leurs biens a été confirmée, avec une disposition particulière pour leur résidence du moulin de Giverny (Eure) dont une quote-part devrait être restituée à leurs enfants, nus-propriétaires.

"Au-delà de plusieurs motifs techniques que nous aurons le temps de développer plus tard avec mon confrère près la Cour de cassation, le pourvoi est avant tout motivé par la lourdeur de la décision prononcée, tant sur le volet pénal que civil", a déclaré à l'AFP Me Romain Dieudonné, l'avocat de Patrick Balkany.

Ce nouveau recours est suspensif, à l'exception de la mesure d'inéligibilité, ce qui dans les faits ne change rien, les anciens élus ayant été démis de leur mandat dans la foulée de leur condamnation en appel le 4 mars à trois ans ferme pour fraude fiscale.

Cette condamnation pour fraude fiscale est, elle, définitive, les Balkany n'ayant pas formé de pourvoi dans ce volet.

Ce pourvoi va retarder de plusieurs mois, voire années, une condamnation définitive des Balkany dans le volet blanchiment: en cas de rejet de leur pourvoi, ils seront convoqués devant un juge d'application des peines, qui répondra à leurs demandes éventuelles d'aménagement de peine.

Si le pourvoi prospérait, le couple pourrait être renvoyé devant une nouvelle cour d'appel pour un autre procès.

A Arcachon, le resto avec vue sur le bassin, "c'est bon pour le moral"

Mardi, 2. juin 2020 - 16:55

"On attendait ça avec impatience: d'abord pour l'amour du métier et aussi parce qu'il faut bien faire rentrer des sous dans la caisse!" A Arcachon, Nino Caballero a rouvert son restaurant mardi avec un large sourire, caché derrière un masque au nom de son restaurant.

"On va faire une très belle saison", prédit le patron des "Terrasses du port", établissement doté d'une grande terrasse en +rooftop+ avec vue sur les forêts de mats de la marina. Derrière lui, des serveurs vêtus de rouge et noir, jusqu'aux masques, s'affairent à dresser les tables ou préparer la menthe pour les cocktails.

Distributeurs de gel hydroalcoolique à l'entrée, tables largement espacées, code QR à flasher pour lire la carte des boissons: tout est prêt pour les premier clients de midi, après deux mois et demi de fermeture.

Avec ses plus de 400 m2 de terrasse, le jeune restaurateur se sent "plus serein que certains collègues, notamment pour l'espacement". Paradoxalement, il a même gagné quelques tables en extérieur: dans le coin bar à tapas, il lui a fallu enlever les confortables banquettes, exclues à l'ère de la distanciation sociale.

S'il se dit "plein d'énergie" pour la reprise, M. Caballero est aussi "un peu agacé" par le manque de temps pour s'organiser : "Depuis l'annonce de jeudi (sur la réouverture), il y a eu un week-end de trois jours, c'est compliqué pour l'organisation. Mais bon, on nous avait déjà fait le coup pour le confinement (le 14 mars) avec une annonce à 19Hh30 pour une fermeture à minuit..."

Au lieu de ronger son frein, M. Caballero a profité de la fermeture forcée pour aménager son restaurant: "On a construit une grande pergola, ça nous permettra de faire plus de couverts cet hiver" et rattraper, même très partiellement, les pertes d'un printemps tronqué.

- "Grosse perte" -

Plus loin dans la cité balnéaire, face à la plage, les premier clients approchent timidement des tables en terrasse de "La Marina".

"Vous avez toujours l'assiette texane?", s'enquiert un habitué de cette brasserie/snack auprès de la gérante, Elisabeth Labourguigne, qui lui réserve une table à l'ombre.

La restauratrice, qui a perdu 30% de couverts en espaçant les tables, redoute l'absence de la clientèle étrangère. "On va travailler avec les locaux, les Parisiens, ils ont besoin d'un grand bol d'air. On verra à la fin de la saison, mais c'est sûr qu'on va avoir une grosse perte", explique-t-elle.

Son mari et elle avaient prévu de vendre l'affaire à leur fils trentenaire à la mi-mars. Mais le confinement est passé par là. La vente est repoussée: "On ne lui fera pas ce cadeau empoisonné".

Attablé avec une collègue devant une salade tomates/mozzarella, Christian, habitant d'Arcachon, "voulait vraiment manger avec vue sur le bassin". A quelques encablures, des baigneurs profitent de la plage et au loin, la presqu'île du Cap Ferret de détache derrière la jetée.

"C'est bon pour le moral", se réjouit Dominique Tauzin, venue en famille d'une ville toute proche. "Il n'y a pas trop de monde, on pensait que les terrasses seraient prises d'assaut, on est ravis!"

"Ca nous permet de dire aux restaurateurs qu'on est là, qu'on ne va pas les lâcher", souligne sa fille Céline.

Chez "Diego L'écailler", l'optimisme est de rigueur: "ça reprend doucement mais on s'attend à un gros week-end pour la fête des mères", explique Stéphanie Psalmon, responsable de salle. "Les gens sont impatients de ressortir, tous ensemble, en famille."

En ville, Thierry Renou a décalé la réouverture du "Patio" à mercredi, "pour bien faire les choses".

Le chef-propriétaire de cet établissement étoilé au Michelin, qui n'a perdu que trois tables, doit se faire à l'idée de porter le masque aux fourneaux.

"On n'a plus de nez, or c'est important quand on cuisine", dit-il. "Il va aussi manquer le sourire des serveurs. Mais on va faire comme en Asie: sourire avec les yeux".

Abus de biens sociaux: l'ex-homme d'affaires Pierre Botton condamné à 5 ans de prison

Mardi, 2. juin 2020 - 16:26

L'ex-homme d'affaires Pierre Botton, qui avait été impliqué dans une retentissante affaire politico-financière des années 1990, a été condamné mardi à 5 ans de prison ferme pour abus de biens sociaux notamment et un mandat d'arrêt a été prononcé à son encontre.

M. Botton, 65 ans, a été relaxé pour une partie des faits mais déclaré coupable d'abus de confiance, abus de biens sociaux, faux et blanchiment de fraude fiscale.

Le tribunal de Paris est allé au-delà des réquisitions du parquet, qui avait demandé 4 ans de prison ferme lors du procès début mars. Il a assorti la peine de prison d'une amende de 150.000 euros et d'une interdiction définitive de diriger une société ou une association.

Condamné en appel en 1996 pour abus de biens sociaux, Pierre Botton a alors passé 20 mois en prison. A sa sortie, il avait décidé de fonder une association pour améliorer les conditions de détention et lutter contre la récidive des délinquants.

A la suite d'une enquête ouverte en 2017, il a cependant à nouveau comparu devant la justice, soupçonné d'avoir récupéré indûment et à des fins personnelles une partie de l'argent de ses sociétés et de l'association. Il a vigoureusement clamé son innocence.

M. Botton a "gravement porté atteinte à l'ordre public, économique et privé l'Etat de la perception de sommes importantes", a déclaré le président du tribunal. Ces faits sont "d'autant plus intolérables au corps social car ils ont été commis par une personne fortement médiatisée", a-t-il ajouté.

L'ancienne présidente de l'association, Anne-Valérie Noir, ex-femme de M. Botton, a été partiellement relaxée mais condamnée à 18 mois avec sursis pour des faits d'abus de confiance. Le parquet avait requis un an de sursis à son encontre.

Jeune homme d'affaires dans les années 1980, Pierre Botton a été directeur de campagne et gendre de Michel Noir, qui fut ministre RPR et maire de Lyon. Il a été condamné pour abus de biens sociaux dans une affaire alors explosive aux côtés de M. Noir, du maire de Cannes Michel Mouillot et du journaliste Patrick Poivre d'Arvor notamment.

Dans les années 2000, l'association de M. Botton, "Ensemble contre la récidive", a reçu le soutien de grandes entreprises et de personnalités du sport et du spectacle. Il a mené une série de projets en prison, devenant un interlocuteur des pouvoirs publics.

A Paris, Hidalgo a le vent dans le dos

Mardi, 2. juin 2020 - 14:58

Arrivée en tête dans neuf arrondissements sur dix-sept lors du premier tour, Anne Hidalgo peut envisager sereinement le second tour des municipales à Paris, renforcée par son alliance avec les écologistes... et les déboires de La République en marche.

Mardi, ce sont des listes fusionnées entre celles de la maire PS sortante et celles d'Europe écologie-Les Verts, emmenées au premier tour par David Belliard, qui seront déposées en préfecture.

"On a trouvé un accord sur les trois thèmes sur lesquels on travaillait depuis plusieurs jours: le projet, la gouvernance et les listes", a indiqué à l'AFP le directeur de campagne de la maire sortante, Emmanuel Grégoire. "Nous avions un projet écologique et social et nous savions qu'une coalition était nécessaire. Nous la faisons aujourd'hui avec Anne Hidalgo", a pour sa part souligné M. Belliard dans une interview au Parisien.

La seule mathématique promet un boulevard victorieux pour l'attelage le 28 juin, alors que les listes Hidalgo sont arrivées en tête au premier tour (29,33%), devant celles de la LR Rachida Dati (22,72%), de la marcheuse Agnès Buzyn (17,26%) et de M. Belliard (10,79%).

Mieux: la socialiste est arrivée en tête dans neuf arrondissements sur dix-sept, sans se faire réellement menacer dans ses bastions - une grosse moitié Est de la capitale.

Certes, la sortante a recueilli cinq points de moins qu'au premier tour de 2014. Mais la contre-performance apparaît bien relative comparée aux promesses de déroutes formulées par ses adversaires il y a encore un an, après les ratés du changement de prestataire du Vélib, de la suppression des Autolib ou de la fermeture à la circulation automobile d'une partie des voies sur berges, conspués par les oppositions.

Depuis, le crash de la candidature Griveaux puis les déboires de sa remplaçante Agnès Buzyn ont fini de doucher les espoirs de LREM de conquérir une capitale pourtant jugée à portée de main après les excellents scores du mouvement présidentiel aux législatives de 2017 et européennes de 2019.

Et si Les Républicains, emmenés par Rachida Dati, peuvent se féliciter d'un score honorable de la maire du VIIè arrondissement - la seule de la capitale à avoir été réélue dès le premier tour - leurs réserves de voix semblent maigres pour pouvoir espérer enlever l'Hôtel de Ville. D'autant que toute velléité d'alliance entre LREM et LR, telle que notamment imaginée dans le Vè arrondissement, a été avortée par les deux états-majors partisans.

- Ralliements -

A l'instar de nombreux maires sortants, Anne Hidalgo entend également capitaliser sur une prime à la continuité, renforcée par la crise du coronavirus.

L'engouement massif pour le vélo lui a par exemple permis d'accélérer le calendrier de création de pistes cyclables. Or, la conversion en moins de vingt-quatre heures de la rue de Rivoli, l'une des principales artères est-ouest du centre de la capitale, au quasi-tout-vélo - taxis et bus y sont également autorisés à y circuler - n'a jamais suscité que de molles interrogations de la part de ses adversaires.

Autrefois jugée clivante, la sortante s'est ainsi jouée d'un front pourtant nourri du "Tout sauf Hidalgo" et s'impose désormais comme rassembleuse: le député ex-LREM Aurélien Taché lui a apporté son soutien, partie immergée d'un iceberg de la branche gauche historique de La République en marche, qui avait appelé dès le départ à ne pas renoncer à une alliance avec la maire sortante. En vain.

Cédric Villani, dissident LREM, n'apparaît par ailleurs en rien comme une menace après son modeste score du premier tour: 7,88%. D'autant que l'une de ses têtes de listes, Pierre Henry dans le Xè arrondissement, a déploré qu'une tentative d'alliance avec la maire socialiste n'ait pu aboutir.

Si elle devait être réélue maire de Paris, Anne Hidalgo s'imposerait comme la survivance triomphante d'un PS toujours convalescent.

De là à penser à la présidentielle de 2022? Elle jure s'y renoncer. "Pourtant, à gauche, il n'y aura qu'elle", prédit un ministre. Qui la place comme un caillou dans la chaussure du futur candidat Macron.

"Quel plaisir de retrouver ça": les Parisiens redécouvrent leurs terrasses de café

Mardi, 2. juin 2020 - 14:44

Des bords du canal Saint-Martin au boulevard Saint-Germain, les Parisiens redécouvraient mardi le plaisir de boire un café sur les terrasses tout juste rouvertes, avec - luxe suprême dans la capitale - de l'espace, distanciation sociale oblige.

Attablée Chez Prune, institution du canal Saint-Martin, Charlotte, la trentaine, a mis son réveil "juste pour ça". "On est super content, c'est le café en bas de chez nous, on est content de le voir rouvrir, il y a même de la place!", jubile cette habitante de l'Est parisien, qui a vécu son confinement dans un petit appartement sans espace extérieur.

Un peu plus loin, un groupe de parents d'élèves papote, heureux de se retrouver autour d'un café d'autant plus savoureux que les tables sont espacées. "Normalement, on est tous tassés, là c'est agréable", explique Anne, 46 ans.

En Ile-de-France, comme en Guyane et àMayotte, zones classées orange car davantage sous pression face au coronavirus, seules les terrasses peuvent recevoir des clients avec une distance minimum entre chaque table.

Philippe, 61 ans, "toujours stressé par ce virus", a d'ailleurs commencé par vérifier que les "distanciations sont respectées" avant de savourer son café, "un grand plaisir, un peu une impression de liberté retrouvée".

De quoi rendre le sourire aux Parisiens attablés place de la République, comme Christelle. Après plus de deux mois sans un seul verre dehors, elle s'est "calée tout de suite à une terrasse" avec sa fille. Café et verre d'eau pour la mère, grenadine pour la fille, le tout servi avec un pot de gel hydroalcoolique. "Quel plaisir de retrouver ça, c'est génial !".

"Un vrai souffle de joie", lance-t-elle dans un sourire, avant d'avouer que le bonheur sera complet une fois les écoles totalement rouvertes...

- "Vrai déconfinement" -

Rive gauche, au mythique Café de Flore, sur le huppé boulevard Saint-Germain, la joie est la même pour Anissa, cigarette aux lèvres pour accompagner son café au lait matinal.

"Paradoxalement, c'est encore plus agréable avec plus d'espace", sourit l'avocate de 38 ans qui a déjà prévu de revenir ce soir pour prendre un verre avec des amis.

"Le café, c'est typiquement parisien", explique cette habituée des lieux qui habite dans les environs. "Ça me manquait ce petit plaisir."

Le Flore a fait le bonheur de sa clientèle en rouvrant sa terrasse dès 7h30. Avec quelques changements: un cordon marque la file d'attente sur le bord de la chaussée, les tables s'étendent jusque devant la vitrine de la librairie adjacente et mordent un coin de trottoir. Disposées par deux, elles sont largement espacées. Lorsqu'un client seul s'assoit, une croix rouge rappelle que la seconde table est inutilisable. Tout le personnel est par ailleurs masqué.

Pas de quoi empêcher Philippe Da Cruz, veston et cravate noire impeccables, de papoter avec ses clients. "Ils sont super contents de pouvoir revenir et faire des choses de la vie normale", témoigne le garçon de café. "C'est le vrai déconfinement qui commence."

Certains clients sont même arrivés en avance. "Ils avaient envie de reprendre leur rituel", explique à l'AFP le directeur général de l'établissement Alexandre Siljegovic.

Le café était à pied d'œuvre depuis vendredi pour préparer sa réouverture. Pourtant, l'enthousiasme des commerçants autour de ce redémarrage restreint n'est pas débordant dans le quartier: en face, Les Deux Magots, autre institution du Paris littéraire, n'ouvrira que vendredi et le café Louise reste fermé.

"Le Flore, c'est un symbole pour les Parisiens, donc on a rouvert sans se poser de question", poursuit M. Siljegovic. Le café, qui ne peut accueillir que "30%" de sa clientèle dans ces conditions, va aussi "devoir se passer de la clientèle asiatique" et compte "sur les habitués" et les touristes européens qui pourraient revenir dès le 15 juin, après la réouverture des frontières.

Coronavirus en France: un air de liberté retrouvée

Mardi, 2. juin 2020 - 11:10

Apprécier un café en terrasse ou sauter dans un train direction la plage: les Français regagnent mardi leur liberté, même si la prudence reste de mise face à un virus qui a fait près de 30.000 morts et entraîné une profonde récession.

Grâce à la poursuite du ralentissement de l'épidémie depuis le début du déconfinement le 11 mai, le gouvernement a décidé le passage en phase 2, synonyme d'un quasi retour à la normale.

Laissés de côté lors de la première phase du déconfinement le 11 mai, les cafés, bars et restaurants sinistrés par plus de deux mois de fermeture se sont préparés activement depuis plusieurs jours à accueillir du public.

"C'est l'optimisme qui règne aujourd'hui", assure Hervé Becam, vice-président confédéral de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih).

En zone orange (Ile-de-France, Guyane, Mayotte), les régions davantage sous pression face au coronavirus, seules les terrasses peuvent accueillir des clients. En zone verte, à l'intérieur, pas plus de dix clients par table et un mètre minimum entre chaque groupe.

- Café matinal -

A Paris, près du canal Saint-Martin, Charlotte était installée dès mardi matin en terrasse de son café préféré avec un ami. "On s'est levé juste pour ça, on l'apprécie, c'est le café en bas de chez nous".

Mais certains établissements ne rouvriront pas tout de suite: trop compliqué ou pas rentable.

C'est aussi la fin de l'interdiction de se déplacer à plus de 100 km de chez soi, une mesure très attendue par des habitants de grandes villes avides de grand air ou des familles séparées par la distance pendant plus de deux mois.

Après la réouverture des parcs et jardins partout samedi, les plages, musées, monuments, zoos ou encore les théâtres vont pouvoir rouvrir progressivement, en respectant certaines règles de distanciation ou de port du masque. Pour les cinémas, il faudra attendre la phase 3, le 22 juin.

Les parcs et jardins ont été pris d'assaut ce week-end, en particulier à Paris, avec pour corollaire des masses de détritus laissés par endroit.

Côté Education nationale, tous les collèges et les lycées de France vont ouvrir progressivement. En zone verte, tous les élèves sont concernés mais en zone orange, les collèges n'accueilleront prioritairement que ceux de 6e et de 5e.

"Notre objectif est que tout élève de collège, même en zone orange, ait de nouveau eu un contact physique avec son collège, pour des entretiens individuels, avant le départ en vacances", avait assuré le ministre Jean-Michel Blanquer en fin de semaine dernière.

Ce volontarisme affiché se heurte cependant au volumineux protocole sanitaire. A tous les niveaux de la scolarité, avoir davantage d'élèves tout en respectant ce protocole veut dire qu'ils seront là moins souvent.

La réouverture des lycées, dont l'annonce était très attendue, sera "progressive" dans les zones vertes, avec une montée en charge "par niveau", a promis M. Blanquer. En Ile-de-France, les élèves seront accueillis "en petits groupes" ou pour des "entretiens individuels" qui permettront, selon les besoins, de faire le point sur leur scolarité ou sur leur situation dans Parcoursup.

- Récession plus forte que prévu -

L'épidémie a tué 28.883 personnes en France, selon le bilan publié lundi soir (+31 par rapport à la veille, mais il manque le décompte des Ehpad). Le nombre de patients en réanimation (1.302) continue de diminuer (-17).

Mais le virus est toujours en circulation alors les autorités sanitaires sont aux aguets pour détecter le moindre signe d'une reprise de l'épidémie et étouffer chaque nouveau foyer dans l'oeuf.

Pour aider à ce contrôle de la propagation du virus, l'application de traçage StopCovid doit être disponible mardi à partir de midi, en téléchargement volontaire sur les téléphones portables.

"On a besoin qu'un maximum de gens l'ait", a souhaité le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, précisant que les habitants des villes étaient visés en priorité, là où le virus circule le plus.

En cas de nouvelle vague, le gouvernement a déjà prévenu que des mesures de reconfinement pourraient être prises, notamment des restrictions de circulation imposées par les préfets au niveau local.

Mais un nouveau confinement d'ampleur viendrait frapper une économie qui redémarre à peine, avec une récession attendue de 11%, a avertit le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

"Le choc économique est extrêmement brutal" mais "j'ai la conviction absolue que nous allons rebondir en 2021", a-t-il assuré sur RTL.

Les soldes d'été ont été décalés du 24 juin au 15 juillet, a-t-il aussi fait savoir.

L'économie française va se contracter de 11% cette année, prévient le gouvernement

Mardi, 2. juin 2020 - 10:18

Le gouvernement a encore aggravé sa prévision de récession pour la France cette année, avec une chute du produit intérieur brut (PIB) historique de -11%, au moment où l'économie tente de repartir doucement avec le déconfinement.

"Je n'ai jamais caché que le plus dur est devant nous" parce que "le choc de la crise a été extrêmement brutal", a affirmé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, en annonçant mardi cette nouvelle prévision sur la radio RTL. "Nous avons un énorme trou d'air" avec cette crise.

Le gouvernement entérinera cette nouvelle estimation de l'ampleur de la récession dans un nouveau projet de budget rectificatif qui doit être présenté en conseil des ministres le 10 juin.

La semaine dernière, l'Insee avait indiqué que la chute du PIB serait largement supérieure au -8% anticipé par le gouvernement, car la reprise de l'activité depuis le début du déconfinement sera "au mieux progressive au second semestre".

Au premier trimestre, le recul de l'activité a finalement atteint -5,3%, mais l'Institut national de la statistique anticipe un plongeon de -20% environ au deuxième trimestre.

L'économie française "s'efforce (...) de reprendre son souffle", mais elle "refait surface dans un monde qui n'est plus exactement le même qu'avant la crise sanitaire", avait jugé l'institut national de la statistique.

Si le déconfinement a débuté le 11 mai, et que le Premier ministre a annoncé la semaine dernière une accélération avec notamment la levée de l'interdiction de se déplacer à plus de 100 kilomètres de son domicile, la reprise de l'activité est lente. Tous les commerces n'ont pas encore rouvert et le redémarrage de certaines entreprises est ralenti par des perturbations persistantes dans les chaînes de production.

Petite éclaircie: mardi, les restaurants et cafés peuvent rouvrir dans les départements "verts" et seulement leurs terrasses dans les départements "orange", dont Paris.

C'est "un signal très positif", avec 300.000 établissements qui vont pouvoir rouvrir et un demi million d'employés qui vont pouvoir reprendre leur activité, a souligné M. Le Maire, même s'il estime que "pour nous redresser économiquement il en faudra beaucoup plus".

- apprentissage, tech et aéronautique -

"J'ai la conviction absolue que nous allons rebondir en 2021", a-t-il toutefois avancé.

Après le plan d'urgence de plus de 100 milliards d'euros mis en place depuis le début de la crise, le gouvernement prépare désormais des plans de soutien spécifiques pour les secteurs les plus affectés.

Des efforts de 18 milliards d'euros pour le tourisme, de 8 milliards d'euros pour l'automobile ou de 4,5 milliards d'euros pour les collectivités ont déjà été annoncés, avant des mesures pour l'aéronautique, l'apprentissage, l'emploi des jeunes ou les start-up dans les prochains jours.

"Nous prenons toutes les mesures dans tous les secteurs", a assuré Bruno Le Maire qui a toutefois déjà prévenu que des faillites et licenciements seraient inévitables malgré le soutien public.

Plusieurs entreprises du secteur de la distribution, comme Camaïeu, La Halle ou Conforama, sont ainsi d'ores et déjà en grandes difficultés, avec des milliers d'emplois menacés, tandis que le constructeur automobile Renault prévoit de supprimer 15.000 emplois dont 4.600 en France, la crise ayant renforcé des difficultés préexistantes.

Alors que certains plaident pour une augmentation du temps de travail afin d'accélérer la reprise dans les entreprises, le ministre a lui estimé que le défi de l'économie sera surtout de lutter contre le chômage.

"C'est ça l'enjeu pour la France dans les mois qui viennent: travailler tous et essayer de contenir un chômage qui va augmenter", a-t-il déclaré.

2019, année record pour l'investissement étranger en France

Mardi, 2. juin 2020 - 8:52

L'attractivité de la France a continué à s'améliorer en 2019, avec un nombre record de décisions d'investissement et d'emplois créés par des entreprises étrangères, selon un bilan publié mardi par Business France.

L'an dernier, le pays a enregistré "1.468 nouvelles décisions d'investissement étranger, soit une progression de 11% par rapport à 2018 (1.323 décisions)", rapporte cette agence de promotion économique à l'international.

Avec une méthode de comptage différente, qui notamment ne prend pas en compte les commerces et hôtels, le cabinet EY a de son côté recensé 1.197 annonces d'investissement en 2019 dans son baromètre publié jeudi, selon lequel la France est devenu l'an dernier le pays européen le plus attractif pour les investisseurs étrangers.

Business France ajoute de son côté que le nombre d'emplois créés ou maintenus en France par les investissements des groupes étrangers a connu un bond de 30% en 2019, à 39.542 contre 30.302 en 2018.

"Ce n'est pas le fruit du hasard, mais une stratégie volontariste dont l'objectif était bien de devenir numéro un dans le courant du quinquennat", a déclaré à l'AFP le directeur général de Business France Christophe Lecourtier.

Parmi les atouts de la France, une politique favorable aux entreprises avec les réformes de la fiscalité et du droit du travail menées depuis 2017, ainsi qu'une situation "au cœur de l'Europe", explique M. Lecourtier.

"Cela peut paraître un truisme, mais les Britanniques n'y sont plus", note-t-il.

La France a ainsi profité du Brexit en attirant 1.338 emplois dans le secteur financier l'an dernier, contre 298 en 2018. Paris a notamment accueilli début 2019 le siège de l'Autorité bancaire européenne avec 150 emplois.

Les activités de production représentent pour leur part 26% des projets et sont aux trois quarts des extensions de sites déjà existants, lesquels représentent un moins de la moitié de l'ensemble des projets d'investissement.

Les projets dans le commerce et la distribution progressent quant à eux très fortement (+67%), principalement grâce à de nouveaux points de vente, et comptent désormais pour 13% du total des investissements étrangers.

Tous secteurs confondus, ces nouveaux projets irriguent largement le territoire avec 43% d'entre eux situés dans des agglomérations de moins de 200.000 habitants, rapporte encore Business France.

Les trois premiers pays d'origine de ces investissements sont les Etats-Unis (16% du total), l'Allemagne (15,5%) et le Royaume-Uni (12%).

Selon l'étude d'EY, 65% des projets annoncés l'an dernier seraient maintenus après la crise sanitaire, 25% reportés ou fortement révisés et 10% annulés.

Les soldes décalés au 15 juillet, annonce Le Maire

Mardi, 2. juin 2020 - 8:40

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé mardi que le début des soldes d'été était décalé du 24 juin au 15 juillet, afin de répondre à la demande de certains commerçants dont les points de vente sont restés longtemps fermés à cause du coronavirus.

"Les soldes débuteront le 15 juillet et elles dureront quatre semaines", a déclaré M. Le Maire sur RTL, expliquant que cette décision avait été prise à la "demande des petits commerçants".

"J'ai tenu à reporter la date des soldes pour tenir compte de la situation des petits commerçants", qui ont besoin de "temps" pour "reconstituer" leur trésorerie, après plusieurs mois de fermeture en raison de l'épidémie de coronavirus, a expliqué le ministre.

"Je sais que ça peut poser des difficultés pour d'autres grandes enseignes (...) mais je pense qu'il est légitime de soutenir dans ces moments très particuliers ceux qui sont les plus faibles, ceux qui ont les trésoreries les plus menacées", a détaillé M. Le Maire.

"C'est une question à la fois d'efficacité économique mais aussi de justice", a-t-il ajouté.

Selon les textes officiels, la période des soldes d'été dans la plupart des départements de France métropolitaine avait été initialement fixée du mercredi 24 juin au mardi 21 juillet 2020.

Mais dès fin mars, en plein confinement, plusieurs fédérations de commerçants avaient entamé une réflexion sur le sujet face à une crise d'une ampleur inédite pour le secteur, et demandé à ce que leur date et leur durée soient modifiées.

Avec trois problématiques à considérer: des stocks très importants qui se sont accumulés durant les deux mois de fermeture des magasins, une trésorerie au plus bas à renflouer urgemment et une consommation qui ne reprendra pas comme avant.

L'économie française va se contracter de 11% cette année, prévient le gouvernement

Mardi, 2. juin 2020 - 8:35

Le gouvernement anticipe désormais une chute du produit intérieur brut de 11% cette année en France, contre 8% jusqu'ici, a indiqué mardi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

"Le choc économique est extrêmement brutal" mais " j'ai la conviction absolue que nous allons rebondir en 2021", a déclaré Bruno Le Maire sur RTL. "Nous avons un énorme trou d'air" avec cette crise, a-t-il ajouté, répétant que selon lui "le plus dur est devant nous".

Le gouvernement entérinera cette nouvelle estimation de l'ampleur de la récession dans un nouveau projet de budget rectificatif qui doit être présenté en conseil des ministres le 10 juin.

La semaine dernière l'Insee avait indiqué que la chute du PIB serait largement supérieure au 8% anticipé par le gouvernement, car la reprise de l'activité depuis le début du déconfinement sera "au mieux progressive au second semestre".

Le ministre de l'Economie mise toutefois sur les plans de soutien aux différents secteurs touchés par la crise (tourisme, automobile, aéronautique, etc.) et au plan de relance qui sera annoncé en septembre pour accélérer cette reprise.

"Nous prenons toutes les mesures dans tous les secteurs", a-t-il assuré, citant également un futur plan pour les start-up technologiques "pour qu'elles ne soient pas rachetées les unes après les autres par les géants du digital".

Phase 2 du déconfinement: ce qui est permis ou non à partir de mardi

Mardi, 2. juin 2020 - 4:13

Déplacements, sports, bars et restaurants, établissements scolaires: avec le début de la phase 2 du déconfinement mardi, de nombreux interdits tombent, mais ce n'est pas pour autant un retour à la normale.

Les restrictions sont notamment toujours plus importantes dans les zones oranges (Ile-de-France, Guyane et Mayotte) que sur le reste du territoire.

Déplacements

A partir de mardi l'interdiction de se déplacer à plus de 100 km de chez soi est levée sur l'ensemble du territoire.

Il est ainsi permis de prendre l'avion ou le train, à condition de porter un masque (à partir de 11 ans).

Les trajets en avion entre la France continentale, et l'outre-mer et la Corse sont en revanche limités aux motifs impérieux familiaux et professionnels, jusqu'à nouvel ordre.

Le port du masque est également obligatoire pour les passagers des taxis et VTC, ainsi que dans les transports en commun urbains, où les déplacements en heure de pointe peuvent être restreints aux trajets domicile-travail, scolaires, et médicaux.

Les préfets peuvent également décider de rendre obligatoire le port du masque dans l'espace public.

Les frontières sont toujours fermées. Le Premier ministre s'est dit favorable à une réouverture des frontières intérieures de l'UE à partir du 15 juin. Pour les frontières extérieures, la date devrait être plus tardive.

Loisirs et culture

Les parcs et jardins, ainsi que les forêts, sont ouverts dans toute la France, tout comme les plages, lacs et centres nautiques. Le préfet peut y imposer le port du masque.

Les musées, monuments et parcs zoologiques peuvent rouvrir, avec masque obligatoire.

Des règles différentes s'appliquent en revanche pour certaines activités entre les zones vertes et les zones oranges.

Les théâtres peuvent ainsi rouvrir dans les zones vertes le 2 juin, avec port du masque obligatoire, mais pas dans les zones oranges où la réouverture est fixée au 22 juin, début de la phase 3. Même calendrier différencié pour les salles des fêtes et salles polyvalentes.

Les casinos peuvent rouvrir mardi en zone verte, uniquement pour les machines à sous et avec masque.

Les parcs de loisirs peuvent également rouvrir en zone verte, avec masque obligatoire, mais seulement le 22 juin en zones oranges.

Sur tout le territoire, les colonies de vacances pourront rouvrir seulement en phase 2, le 22 juin, tout comme les cinémas.

Les rassemblements de plus de 10 personnes dans l'espace public restent interdits au moins jusqu'au 21 juin, et les grands événements de plus de 5.000 personnes jusqu'au 31 août.

Les discothèques et salles de jeux sont toujours fermées jusqu'à nouvel ordre.

Vie sociale

Les cérémonies de mariage sont autorisées.

Les conditions du confinement dans les Ehpad sont à nouveau assouplies à partir de vendredi, avec un élargissement des conditions de visite. Sont désormais permises les visites de plus de deux personnes à la fois hors chambre, les visites de deux personnes en chambre sous condition, les visites de mineurs (à condition qu'ils puissent porter un masque).

Tourisme

Les bars, cafés et restaurants peuvent rouvrir mardi dans les zones vertes en respectant certaines règles (10 personnes maximum par table, un mètre minimum entre chaque groupe, places assises uniquement même dans les bars, masques lors des déplacements).

Dans les zones oranges, seuls les terrasses et espaces ouverts peuvent rouvrir.

Les hôtels peuvent rouvrir sur tout le territoire.

Les autres hébergements touristiques (villages vacances, campings, auberges collectives) peuvent rouvrir seulement en zone verte. Tout comme les établissements thermaux.

Etablissements scolaires

Après une première étape le 11 mai, les établissements scolaires continuent de rouvrir progressivement.

Les écoles primaires, qui avaient commencé à accueillir des élèves, doivent toutes rouvrir au moins une partie de la semaine, avec une limite de 15 élèves par classe.

Les collèges qui avaient commencé à ouvrir en zone verte rouvriront pour toutes les classes. En zone orange, les élèves de 6e et 5e seront accueillis prioritairement. Le port du masque est obligatoire.

Pour les lycées, la réouverture sera progressive, mais uniquement en zone verte.

Les universités ne doivent pas rouvrir avant septembre.

Sport

En zone verte, les gymnases et piscines peuvent rouvrir le 2 juin. Les salles de sport également, avec masque obligatoire sauf durant la pratique sportive. Les stades, arènes et hippodromes peuvent rouvrir mais sans public.

En zone orange, tous ces lieux restent fermés.

La pratique des sports individuels reste autorisée. Mais les sports collectifs et de contact sont interdits au moins jusqu'à la phase 3.

Municipales: le paysage du second tour connu mardi

Mardi, 2. juin 2020 - 4:04

C'est l'heure des dernières manoeuvres avant le bouclage: les candidats au second tour des municipales du 28 juin ont jusqu'à mardi en fin de journée pour déposer leurs listes, avant le lancement d'une campagne inédite à l'heure du coronavirus.

Y aura-t-il un accord entre la maire PS sortante de Paris Anne Hidalgo et les écologistes? A Strasbourg, la Verte Jeanne Barseghian s'alliera-t-elle finalement à la socialiste Catherine Trautmann?

Le couperet tombe à 18H00, heure limite pour le dépôt des déclarations de candidature en préfecture - souvent sur rendez-vous, pour raisons sanitaires. Seules les listes ayant obtenu au premier tour le 15 mars au moins 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir.

Il n'y aura pas d'alliance pour l'ex-LREM Cédric Villani, arrivé 5e à Paris au premier tour, déçu de ses échanges avec la maire PS Anne Hidalgo ou la candidate LREM Agnès Buzyn. Il a annoncé lundi qu'il ferait cavalier seul dans le XIVe arrondissement de Paris.

Le patron de LREM Stanislas Guerini souhaitait pourtant "rassembler (sa) famille". Alors que le mouvement présidentiel a réalisé un premier tour décevant, il maintient son modeste objectif de 10.000 conseillers municipaux issus de ses troupes.

Les dernières tractations se poursuivent en revanche entre les équipes d'Anne Hidalgo, arrivée en tête au premier tour, et celles de l'écologiste David Belliard. "On est dans le détail du détail", affirme Emmmanuel Grégoire, directeur de campagne de la maire. Côté écolo, on soulignait dimanche soir qu'il y avait encore des négociations locales sur le projet notamment.

Il faut "tirer les leçons de cette crise" provoquée par le coronavirus, par "la transition écologique dans la justice sociale", plaide le secrétaire national Julien Bayou, qui entend pousser son avantage après avoir décroché des scores élevés dans la plupart des métropoles en mars.

- 5.000 communes -

L'union s'est faite ce week-end à Rennes entre la gauche et les écologistes, confortant les chances de la maire PS actuelle Nathalie Appéré. De même à Nantes, où la maire PS Johanna Rolland fait la course en tête.

La droite veut aussi poursuivre sur sa lancée et profiter de son ancrage local, alors que la crise du coronavirus a mis les élus de terrain en première ligne.

A Bordeaux, le candidat LREM Thomas Cazenave s'est finalement rangé derrière le maire sortant LR Nicolas Florian, aux termes d'un accord signé lundi soir.

Et pour conserver Marseille, la candidate LR Martine Vassal cherche à se rapprocher du dissident Bruno Gilles.

Quant au RN, il a déjà repris au premier tour 8 des 10 villes qu'il détenait mais n'en a pas remporté de nouvelles à ce stade. Et la partie n'est pas gagnée à Perpignan, où son candidat Louis Aliot est arrivé en tête mais se retrouve face à un front républicain constitué samedi au profit du maire LR sortant Jean-Marc Pujol.

Le second tour doit se tenir encore dans quelque 5.000 communes françaises, plus de trois mois après la décision du gouvernement de reporter le scrutin pour cause d'épidémie. Quelque 16 millions de personnes seront appelées à voter, soit 39% du corps électoral français.

Ultime verrou: le conseil scientifique devra donner un nouvel avis sur les risques sanitaires autour du 13 juin. S'il devait estimer que les conditions ne sont plus réunies pour un second tour, il devrait y avoir un nouveau report.

Des règles sanitaires très strictes, dont le port obligatoire du masque, seront imposées dans les bureaux de vote pour éviter la propagation du virus.

Il s'agit aussi de parer à un nouvel effondrement de la participation. Celle-ci avait chuté à 44,6% au premier tour, au tout début de la vague de Covid-19. Un assouplissement des procurations est envisagé.

Pour ramener les Français aux urnes, les candidats pourront communiquer plus longtemps que les habituels cinq jours d'entre-deux tours. La campagne officielle débutera le lundi 15 juin.

Mais pas de meetings au programme, ni de porte-à-porte: les militants tractent dans les boîtes aux lettres et surtout s'activent sur internet.

Coronavirus: un air de liberté retrouvée

Mardi, 2. juin 2020 - 4:02

Apprécier un café en terrasse ou sauter dans un train direction la plage: les Français regagnent mardi leur liberté, même si la prudence reste de mise face à un virus qui a fait près de 30.000 morts et provoqué un quasi arrêt de l'économie.

Grâce à la poursuite du ralentissement de l'épidémie depuis le début du déconfinement le 11 mai, le gouvernement a décidé le passage en phase 2, synonyme d'un quasi retour à la normale.

C'est ainsi la fin de l'interdiction de se déplacer à plus de 100 km de chez soi, une mesure très attendue par des habitants de grandes villes avides de grand air ou des familles séparées par la distance pendant plus de deux mois.

"Peut-être que le weekend prochain, j'irai voir mes petits-enfants, enfin, qui sont à Nantes", raconte à Paris Linda Espallargas. "Mais je prendrai ma voiture pour être bien isolée parce que j'ai peur encore du virus, j'ai plus de 65 ans donc je me méfie".

Après la réouverture des parcs et jardins partout samedi, les plages, musées, monuments, zoos ou encore les théâtres vont pouvoir rouvrir mardi, en respectant certaines règles de distanciation ou de port du masque. Pour les cinémas, il faudra attendre la phase 3, le 22 juin.

Laissés de côté lors de la première phase du déconfinement le 11 mai, les cafés, bars et restaurants sinistrés par plus de deux mois de fermeture se préparent activement depuis plusieurs jours à accueillir enfin du public.

- "Optimisme" -

"C'est l'optimisme qui règne aujourd'hui", assure Hervé Becam, vice-président confédéral de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih).

Optimisme parce que beaucoup de clients sont impatients. "J'ai déjà prévu d'aller boire quelques coups en terrasse profiter un peu de cette forme de liberté retrouvée et essayer de faire marcher un peu les commerces de proximité", raconte ainsi Eloi David, à Paris.

Mais certains établissements ne rouvriront pas tout de suite: trop compliqué ou pas rentable, notent certains.

En zones oranges (Ile-de-France, Guyane, Mayotte) encore placées en vigilance face au coronavirus, seules les terrasses pourront accueillir des clients. Et en zone verte, à l'intérieur, pas plus de dix clients par table et un mètre minimum entre chaque groupe.

Côté Education nationale, tous les collèges et les lycées de France vont ouvrir progressivement. En zone verte, tous les élèves sont concernés mais en zone orange, les collèges n'accueilleront prioritairement que ceux de 6e et de 5e.

"Notre objectif est que tout élève de collège, même en zone orange, ait de nouveau eu un contact physique avec son collège, pour des entretiens individuels, avant le départ en vacances", a assuré le ministre Jean-Michel Blanquer en fin de semaine dernière.

Ce volontarisme affiché se heurte cependant au volumineux protocole sanitaire. A tous les niveaux de la scolarité, avoir davantage d'élèves tout en respectant ce protocole veut dire qu'ils seront là moins souvent.

La réouverture des lycées, dont l'annonce était très attendue, sera "progressive" dans les zones vertes, avec une montée en charge "par niveau", a promis le ministre de l'Education nationale. En Ile-de-France, les élèves seront accueillis "en petits groupes" ou pour des "entretiens individuels" qui permettront, selon les besoins, de faire le point sur leur scolarité ou sur leur situation dans Parcoursup.

- StopCovid -

L'épidémie a tué 28.883 personnes en France, selon le dernier bilan publié lundi soir (+31 par rapport à la veille, mais il manque le décompte des Ehpad). Le nombre de patients en réanimation (1.302) continue de diminuer (-17).

Mais le virus est toujours en circulation alors les autorités sanitaires sont aux aguets pour détecter le moindre signe d'une reprise de l'épidémie et étouffer chaque nouveau foyer dans l'oeuf.

Pour aider à ce contrôle de la propagation du virus, l'application de traçage StopCovid doit être disponible mardi à partir de midi, en téléchargement volontaire sur les téléphones portables.

"On a besoin qu'un maximum de gens l'ait", a affirmé le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, précisant que les habitants des villes étaient visés en priorité, là où le virus circule le plus.

En cas de nouvelle vague, le gouvernement a déjà prévenu que des mesures de reconfinement pourraient être prises, notamment des restrictions de circulation imposées par les préfets au niveau local.

Mais un nouveau confinement d'ampleur viendrait frapper une économie qui redémarre à peine, avec une récession de 8% évoquée par le gouvernement pour 2020.

"Le pays va devoir se battre contre l'impact d'une récession historique", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe.

Rassemblement à Bondy après l'interpellation violente d'un jeune de 14 ans

Lundi, 1. juin 2020 - 22:39

Une centaine de personnes se sont rassemblées lundi à Bondy (Seine-Saint-Denis) pour réclamer "justice" pour Gabriel, un adolescent de 14 ans gravement blessé à l’œil après une interpellation policière il y a une semaine, a constaté une journaliste de l'AFP.

L'attaquant du PSG Kylian Mbappé a posté un message sur son compte Instagram réclamant lui aussi "justice pour Gabriel". "Qu'elles soient d'ici ou d'ailleurs, violences policières, même combat", a écrit l'international tricolore, également originaire de Bondy.

Selon la version de la police, l'adolescent a été aperçu en train d'essayer de voler un scooter à Bondy le 25 mai au soir et aurait fui à la vue des forces de l'ordre avant de faire une chute et de résister à son arrestation. L'Inspection générale de police nationale (IGPN) a été saisie.

Blessé gravement à l'oeil, Gabriel est hospitalisé à l’hôpital Necker pour enfants malades à Paris où il doit se faire opérer, a indiqué l'avocat de la famille, Stéphane Gas, qui affirme qu'il va déposer mardi à Bobigny une plainte pour "violence en réunion par une personne dépositaire de l'autorité publique".

Après son interpellation, Gabriel s'est vu prescrire 30 jours d'incapacité totale de travail (ITT). Son état n'était pas compatible avec une garde à vue, selon Me Gas. Il souffre d'une fracture de l'os de l'orbite de l'oeil et a trois dents cassées.

"Comment Gabriel peut perdre trois incisives, souffrir de l'orbite de l'oeil mais ne présenter aucune abrasion sur le nez ? Il va falloir que les policiers expliquent comment il a pu chuter tout seul", dénonce l'avocat.

Présent au rassemblement, Chérif, son grand frère, se dit "choqué" et persuadé que les policiers ont passé à tabac Gabriel. "Comment peut-on faire ça à un enfant? Il est traumatisé. Comment ils ont pu s'acharner sur un petit qui fait 40 kg?", s'interroge le jeune homme de 23 ans qui réclame "justice et vérité" pour son frère.

Pour Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, "rien ne justifie qu'un enfant se retrouve aux urgences". "Il y a une disproportion de la violence avec un enfant qui risque de perdre son oeil", a dénoncé l'élu présent au rassemblent aux côtés de personnalités de gauche comme Sergio Coronado, militant écologiste de Bondy, la sénatrice EELV Esther Benbassa ou encore Vikash Dhorasoo, candidat LFI aux municipales à Paris.

300 personnes agenouillées à Bordeaux en hommage à George Floyd

Lundi, 1. juin 2020 - 19:18

Quelque 300 personnes ont participé lundi à Bordeaux à un rassemblement statique en hommage à George Floyd, un Américain noir qui a péri étouffé lors d'une arrestation par la police à Minneapolis, a constaté un photographe de l'AFP.

Les manifestants, dont certains arboraient des pancartes "Black Lives Matter" ("la vie des noirs compte"), ont notamment observé une minute de silence avec un genou à terre. Ce geste a été popularisé par un joueur de football américain, Colin Kaepernick, devenu aux Etats-Unis un porte-voix des protestations contre les violences policières, notamment contre les minorités de couleur.

"Nous ne voulons pas être spectateurs face au racisme. Ni aux USA, ni en France. Le silence face aux violences racistes n'est ni digne, ni acceptable", ont expliqué les organisateurs dans leur appel au rassemblement, diffusé dimanche via les réseaux sociaux.

Ils appelaient à un regroupement sur le parvis des Droits de l'Homme, dans le centre-ville, "dans le respect des règles sanitaires", avec masques et distanciation sociale. La très grande majorité des manifestants portaient le masque.

La mort par étouffement il y a une semaine de George Floyd, 43 ans, lors d'une arrestation par un policier blanc captée en vidéo, a entraîné des manifestations et des violences dans de nombreuses villes aux Etats-Unis, y compris à proximité de la Maison Blanche à Washington.

Après un an d'enquête sur les féminicides, Le Monde sort un documentaire sur France 2

Lundi, 1. juin 2020 - 14:12

Au terme d'un an d'enquête sur les féminicides, Le Monde a préparé un dispositif sur plusieurs médias pour présenter le fruit de ses investigations: un supplément au journal papier, un grand récit sur son site et un documentaire diffusé sur France 2 mardi.

"Il y a une prise de conscience vraiment nécessaire autour de ces violences qui sont un phénomène massif, avec 220.000 plaintes par an pour violences conjugales ce qui est quand même énorme", explique à l'AFP Lorraine de Foucher, journaliste au Monde et co-réalisatrice du documentaire "Féminicides".

La journaliste a été sensibilisée à ce phénomène en dressant le portrait il y a quelques années de la psychiatre et médecin légiste Alexia Delbreil, première médecin-chercheuse française à avoir lancé une étude sur les homicides conjugaux : "c'est la première qui a fait émerger des points de convergence, la première qui a mis au jour un schéma criminel".

Début 2019, Le Monde lance une cellule d'investigation composée d'une douzaine de journalistes pour se pencher sur la question des féminicides en enquêtant sur les 120 féminicides identifiés en 2018.

"L'idée, c'était qu'on aille interroger les proches, les gendarmes, les policiers, les magistrats... à la recherche des points de récurrence qu'on trouvait entre tous ces meurtres", explique Lorraine de Foucher.

"Dossier par dossier, nos journalistes tentent de reconstituer les faits, les histoires, les itinéraires, et surtout cherchent ce qui n’a pas été fait, ou ce qui aurait pu être fait, par la police, la justice, les services sociaux, afin de prévenir ces meurtres. Avec une conviction : une grande partie de ces féminicides pourrait être évitée, si la société française s’en donnait les moyens", estimait le directeur des rédactions du Monde Luc Bronner dans un point d'étape publié sur le site.

Ces enquêtes seront publiées dans un supplément de 14 pages au journal daté du 31 mai-1er et 2 juin, qui sortira samedi. Le récit web sera mis en ligne mardi, jour de diffusion du documentaire sur France 2.

- "Crime de propriété" -

"Le féminicide n'est exercé ni par l'amour ni par la folie, c'est un crime de propriété", raconte Laetitia Casta, qui double le documentaire, dans les premières minutes.

De la centaine de meurtres passés au crible par la cellule, cinq cas ont été retenus pour ce documentaire coproduit par Bangumi (société de production de Yann Barthès) et Le Monde, une première pour le journal.

Comment ont-ils été choisis? "Ce sont des cas emblématiques, qui racontent des pans différents du phénomène des féminicides. Il fallait aussi que les proches acceptent de parler car on travaille sur des événements très récents et ce sont des faits profondément traumatisants, il faut beaucoup de courage pour les raconter à des gens qu'on n'a jamais vus", détaille la réalisatrice.

Contrôle absolu du conjoint, anéantissement des victimes, failles du système judiciaire, défaut de prise en charge des auteurs, le documentaire décortique la mécanique des homicides conjugaux par le biais de ces cinq meurtres, de l'Alsace à la Sarthe en passant par les Etats-Unis et l'Arménie.

Des données statistiques ponctuent le film : 41% des victimes avaient signalé leurs craintes aux forces de l'ordre, 30% des auteurs avaient déjà été condamnés pour des faits de violence, 80% des plaintes communiquées sont classées sans suite, 3 féminicides sur 4 sont commis pendant ou après la séparation.

"L’idée est aussi de dire que derrière un homme qui tue sa femme, c'est toute la société qui n'a pas réussi à l’empêcher et qu'on est tous un peu responsables collectivement", souligne la réalisatrice.

Ce sera l'objet du débat animé par Julian Bugier mardi, avec notamment la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa, l'ancien magistrat Luc Frémiot et des proches de victimes. Il sera suivi d'un documentaire sur la maison des hommes violents, structure d'accompagnement des auteurs de violences conjugales.

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